Schedule (2ième partie)

- 8 am : Ce matin c’est encore dans le centre ville qu’il faut être pour voir Philipp Michael Thomas en action. Le lieu de tournage n’a pas été choisi au hasard. C’est un pont situé à cent mètres au sud de l’embouche de la Miami River et qui relie la Calle Ocho (huitième rue) à une petite île du nom de Claughton Island mais ici elle est déjà appelée Brickell Key car un programme immobilier d’envergure identique à celui engagé sur Brickell Avenue, toute proche, est prévu. Enfin pour le moment, c’est encore une île déserte envahit par une végétation tropicale alors que cette île, comme toutes les autres dans la baie, à 60 ans d’existence. Eh oui, San Marino, Venetian, Sunset, Palm et Stars Islands, ainsi que La Gorce ou Belle Isle sont toutes des îles artificielles construites après la première guerre mondiale. Mais je m’éloigne du sujet, restons sur le pont. Je retrouve Ernie Robinson et Geoffrey Zimmerman qui s’affairent sur le fastboat (de marque Cigarette et de 34 pieds de long) sous l’œil de Paul Michael Glaser.
Max : "Le marathon continu aujourd’hui ?"
P.M.G. : " Non, cette dernière journée s’annonce moins dure que prévue car nous avons bien avancé hier sur le tournage du mobil-home. Il ne nous reste plus, cet après midi, qu’à filmer son explosion, en dehors du tournage de ce matin pour la scène du pont."
Max : " justement, ce n’est pas facile de filmer dans un endroit comme ce pont ? "
P.M.G. : " En fait, c’est moins compliqué qu’il n’y parait parce que l’avantage avec ce pont, c’est que John Nicolella a obtenu sa fermeture au public pendant les tournages de ces trois derniers jours du fait que c’est un cul de sac qui mène à une île inhabitée. On travaille donc sur toute sa largeur pour le placement de caméras notamment. Je vais même avoir dans le cadre en arrière plan les tours de l’hôtel Intercontinental à Bayfront."
Paul Michael Glaser retourne préparer les plans avec les acteurs qui doivent être placés à plusieurs endroits de part et d’autre du pont comme John Diehl et Michael Talbott lors de cette scène où Philipp Michael Thomas doit sauter du pont sur le fastboat. J’en profite pour demander à Ernie Robinson: " le bateau est prêt pour la cascade ? "
E.R. : "Ce bateau n’a pas qu’un look agressif puisqu’il est équipé des deux V8 dont les carbus glougloutent au ralenti, un plaisir pour les oreilles ! Mais nous avons dû atténuer le bruit parce que je dois sauter sur le bain de soleil arrière qui est aussi la trappe de visite pour les moteurs et comme nous ne sommes pas sûrs que ce soit assez solide nous l’avons renforcé et y avons rajouté une épaisseur de coussins pour amortir ma chute. En temps normal, les twin’s 641 font encore plus de raffut ! "
Max : " Ce n’est donc pas Philipp Michael Thomas qui fait le saut ? "
E.R. : " Eh non, c’est moi. Non pas que Philipp n’en soit pas capable. Il a le physique athlétique pour, mais Michael Mann évite de mettre ses acteurs principaux en danger, parce qu’une jambe dans le plâtre, par exemple, c’est deux mois de perdus minimum et ça c’est le cauchemar des producteurs ! Enfin, cette cascade n’est pas dangereuse puisque je saute de trois mètres de haut mais la préparation prend un peu de temps car si je ne veux pas prendre un bain, mon saut doit être coordonné à la seconde près avec le bateau. "
-10 am : Pendant qu’Ernie Robinson se prépare, les différents plans avec les acteurs s’enchaînent avec plusieurs caméras placées en divers endroits du pont ainsi que sur le bateau pour filmer Philipp Michael Thomas en gros plan. Ensuite la caméra qu’on a installé sur le bateau doit être orientée vers le haut pour filmer le saut d’Ernie Robinson par-dessous et on recommence le saut après avoir la caméra du bateau pour la placer en surplomb de la bordure du pont pour filmer l’atterrissage, bref toute une organisation.
-12 am : cette matinée c’est passée sans accrocs. L’autre équipe prépare le mobil-home pour l’explosion tout à l’heure. Au préalable, déjeuner avec Edward James Olmos dans un restaurant de Brickell Avenue, Le Capital Grille. Celui-ci est identique à celui de New York quant au concept puisque c’est un lieu plutôt select avec une carte des vins et des viandes très sympa, même pour un européen ! L’autre spécificité du Capital Grille appréciée de pas mal de businessmen ou de personnes connues, ce sont ces petits salons privés que l’on peut réserver pour dîner en toute discrétion. On les trouve après l’entrée sur la gauche alors que la salle principale se trouve sur la droite après le bar à vins. Je vous donne des détails sur le restaurant parce que pour ce qui est d’Edward James Olmos, cette conversation fera l’objet d’une prochaine chronique.
-2 pm : Retour au pont où les acteurs vont préparer la scène qui clôture ces six mois de travail. Pendant ce temps, direction le feu d’artifice. En partant du pont, je prends la Calle Ocho droit vers l’ouest. A cent mètres je croise Brickell Avenue, puis trois rues plus loin à moins d’un kilomètre je prends à droite pour passer devant la Gold Coast Company de l’OCB et j’arrive ensuite au terrain vague, au bord de la Miami River et au pied des pilles du pont de l’autoroute 95. Il ne m’a fallu que cinq minutes en temps réel pour faire ce trajet.
Je trouve là J.B. Jones et ces artificiers qui sont prêts pour l’explosion, mais aussi une équipe de pompiers dirigée par le Lieutenant Gilbert et bien sûr la deuxième équipe de tournage. Je demande des précisions à J.B. Jones sur la préparation.
J.B.J. : "Nous avons disposé des boites métalliques remplies de poudre noire et de sciure de bois à côté d’un baril de 120 litres d’essence et de quelques tubes de Trovex, un explosif gélatineux fabriqué par Dupont. Le tout est relié à un détonateur placé à une centaine de mètres de là. Lorsque j’en donnerais l’ordre, toutes les liaisons radios devront être éteintes car une fois le raccordement électrique effectué, même la radio de bord d’un avion passant à faible altitude peut déclencher l’explosion. Pas rassurant quand on sait que les avions décollent du Miami International Airport d’ouest en est, passant donc juste au dessus de ce quartier." Me précise t-il avec un clin d’œil !
-3 pm : J.B. Jones donne l’ordre à tout le monde de couper les liaisons radios et de se mettre à distance de sécurité, à 300 mètres de là. Il reste seul aux abords du mobil-home avec son fils Rick, âgé de 29 ans, Kevin Harris, un artificier de son équipe et le Lieutenant Gilbert. Il connecte un des deux câbles pendant qu’il tient l’autre dans sa bouche, puis il s’allonge sur le second câble afin de limiter l’électricité statique pendant les dernières vérifications et raccorde le second rapidement. Il n’y a alors plus de risque de court circuit. Les quatre hommes retournent dans le mobil-home pour vider le baril d’essence sur les boîtes et les tubes de Trovex puis courent au détonateur. Ce n’est pas comme dans les films, c’est juste une planche de bois sur laquelle sont fixés les câbles par des connecteurs, le tout relié à deux batteries de voiture. J.B. Jones jette un dernier regard aux pompiers et au caméraman qui filme rappelons le en Panavision (une première à la télévision). Tout le monde est prêt. Il n’y a pas de raison d’attendre plus longtemps, l’essence ayant eut le temps de s’évaporer dans le mobil-home pour amplifier l’effet, il actionne un connecteur puis met en contact les deux câbles avec un simple tournevis.
BOUM ! Une boule de feu s’envole dans le ciel avec une foule de débris qui atterrissent un peu partout. Même à trois cents mètres, le souffle de l’explosion est ressentit comme un coup de poing en pleine poitrine, juste après, c’est une bourrasque de vent chargé de chaleur qui arrive violement; impressionnant ! Les pompiers courent aussitôt éteindre l’incendie, pour laisser place ensuite à l’équipe de J.B. Jones chargée aussi de sécuriser et nettoyer la zone.
-4 pm : retour à côté du pont où le Miami Vice Squad au grand complet joue la scène finale. Castillo, Gina, Switek et Zito sont autour d’un cadavre sur lequel est penché Tubbs, qui se relève pour répondre à un inspecteur qui demande ce qui motive les gangsters en tout genre. La réponse fuse : " Bottom line, M-O-N-E-Y ! " déclame t-il en partant rejoindre Trudy déjà réconfortée par Crockett. Le lieutenant Castillo fait écho : " usually is." Nul doute que ces deux phrases seront bientôt cultes.
"Coupez !" lance Paul Michael Glaser.
Toute l’équipe se congratule pour ce qui était la dernière scène de six mois de travail aussi harassant qu’enrichissant. Les acteurs se mettent en rond en se tenant la main et se parlent sans qu’on puisse entendre se qu’ils se disent. Dommage !
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