Discrétion
En ce mardi 05 juin 1984, les choses sérieuses commencent puisque les repérages effectués par Maria Chavez suivant le script de l'épisode pilote sont bouclés. Le tournage va donc bientôt démarrer. En dehors des critères visuels imposés par Michael Mann, elle a dû pour le compte du réalisateur Thomas Carter, trouver des lieux qui sont le plus possible rapprochés les uns des autres afin de faciliter le travail de l'équipe de tournage et la logistique pour tous les matériels entre deux scènes.
En plus de ces impératifs de style et de proximité des lieux, Maria Chavez fait face à un problème inattendu: l'obligation de discrétion! En effet, Miami est une ville dangereuse où quelqu'un qui se promène avec divers appareils photos en dehors des lieux touristiques peut être assimilé à un quelconque enquêteur. Elle dit ''Je dois faire attention à ce que je photographie et où je fais mes photos pour les repérages, spécialement à South Beach. On ne sait jamais, il peut y avoir un deal de drogue ou pire, comme cette jeune femme qui a accidentellement photographié un meurtre! Alors dès qu'on me demande ce que je suis en train de photographier lors de mes repérages, je réponds immédiatement que je travaille pour NBC sur la série TV '' Miami Vice".
Miami ne l'oublions pas est actuellement classée comme la ville la plus dangereuse des Etats-Unis avec un record il y a trois ans, en 1981 donc, de six cents morts! Ces chiffres incroyables sont surtout dus à la lutte impitoyable entre les cartels Colombiens et Cubains pour le contrôle de cette porte d'entrée sur les USA qu'est Miami, pour le trafic de drogue principalement. Les protagonistes de ce Miami Vice réel se nomment Jorge "Rivi" Ayala, tueur attitré de la madrina Griselda Blanco, à la tête d'un réseau de trafic de cocaïne; Mickey Munday, le pilote "red neck" (cul-terreux) de Miami; Jon Roberts, le flamboyant trafiquant issu de la mafia de New York venu faire des "affaires"; Rafael "Rafa" Cardona Salazar le Colombien, et son compadre Max Mermelstein, seul Américain adopté par le cartel; John Martorano, tueur à gage impliqué dans plus d'une vingtaine de meurtres et venu à Miami exécuter le comptable repenti John Callahan (retrouvé criblé de balles en 1982 dans le coffre d'une voiture garée à l'aéroport international), ce dernier ayant été dénoncé aux boss de la mafia de Boston James "whitey" Bulger et Stephen "The rifleman" Flemmi pour son témoignage dans une autre affaire de meurtre par l'agent corrompu du FBI John Connolly.
Entre eux s'organisent: meurtres de concurrents ou de témoins; achat de bateaux et d'avions pour le transport et d'aires d'atterrissages privées pour les livraisons ou encore de hangars pour le stockage; corruption des membres de l'administration des douanes, de la police ou de la justice; infiltration des milieux des avocats ou des banques, de la nuit ou des étudiants, mais aussi et bien sûr la revente dans la rue. Tous ces joyeux drilles (et bien d'autres encore) et leurs saines activités lucratives ont pourris tous les échelons de la société sans qu'aucune prise de conscience ne se fasse jusqu'aux premières fusillades en plein jour, notamment dans un supermarché de la ville en 1979. L'arrivée des exilés Cubains a encore envenimé la situation en 1980, année des émeutes (suite à la libération de quatre policiers déclarés innocents de la mort d'un Afro-Américain) qui durèrent trois jours et firent 18 morts et 100 M$ de dégâts. Pour beaucoup, Miami s'est agrandie sur l'argent de la drogue, source d'argent facile favorisant l'émergence des "cocaïne cow-boys" chers à l'inspiration d'Anthony Yerkovich.
C'est à ce monde là que Maria Chavez doit faire attention lors de ces fameux "repérages"!
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