Mercredi 19 décembre 1984

 

Schedule.

 

-8 am : Je suis avec Paul Michael Glaser et des membres de l’équipe technique dans la périphérie de Miami.

Max : " Paul Michael Glaser, que faisons nous ici de bon heure ? "

P.M.G. : " C’est un planning chargé aujourd’hui puisque nous devons finir le tournage demain soir, nous entamons donc deux journées marathon avec de multiples équipes disséminées dans la ville pour  effectuer ces shootings. Il y a aussi un gros travail de préparation pyrotechnique pour deux séquences d’explosions dont la première ce matin, mais je vous laisse entre les mains de J.B. Jones qui est le  spécialiste en la matière. Il va vous expliquer les misères qu’il va faire au mobil-home derrière nous ".

J.B.J. : " Nous devons l’amener sur un terrain vague situé en plein centre ville où nous allons le faire exploser, c’est tout simple ! Je suis donc venu vérifier l’état général du mobil-home qui n’est pas terrible et je dois savoir en quels matériaux il est construit de façon à prévoir les charges explosives en conséquence, après quoi, boum ! ".

P.M.G : " Oui, enfin ça c’est pour demain parce que nous devons, cet après midi, tourner les scènes qui se passent avant l’explosion aux abords du mobil-home; d’ailleurs la deuxième équipe de tournage est à cet heure-ci en train d’installer les caméras, la régie et les lumières parce qu’à partir de 2 pm, on tourne". 

Nous sommes rejoins par Geoffrey Zimmerman.

G.Z. : " Bon, je viens de discuter avec le chauffeur du camion chargé de tracter le mobil-home, mais il est inquiet à cause des roues et des pneus".

P.M.G. : " pourquoi ? "

G.Z. :  " il dit que vu les hautes herbes qui entourent le mobil-home et le sol meuble et humide sur lequel il repose depuis longtemps il doit être pourri par le dessous, alors dès qu’il va rouler les pneus risquent d’éclater et l’essieu prendre feu".

P.M.G. : " Il est trop tard pour changer le planning, on a pas le choix, il faut prendre le risque, je vais en faire part à John Nicolella tout à l’heure puisque qu’on va le rejoindre à  Watson Island".

Une demi-heure plus tard nous laissons donc Geoffrey Zimmerman et le chauffeur prendre le chemin du centre ville pendant que nous prenons, Paul Michael Glaser, J.B. Jones, Bob Bender, le premier assistant réalisateur, et moi-même la direction de Watson Island qui est au milieu de la baie traversée par la McArthur Causeway qui part de Bayfront pour rejoindre South Beach. Je profites du trajet pour demander à Paul Michael Glaser quelle est la fonction exacte de Geoffrey Zimmerman.

P.M.G. : " Il est chargé par Universal de trouver et d’acheter les véhicules de la série suivant les demandes de John Nicolella et de Michael Mann qui sont très pointilleux sur le choix de tout ce qui roule, vole ou flotte dans Miami Vice". 

- 10 am : Nous arrivons sur Watson Island où J.B.Jones rejoint immédiatement son équipe d’artificiers afin de finaliser la préparation de l’explosion d’un yacht de bonne taille pas récent mais qui a l’air encore très bien. C’est John Nicolella qui est venu superviser le travail des équipes techniques qui refroidit mon enthousiasme sur l’état du bateau.

J.N. : " Ce Yacht a appartenu à Bette Davis où elle y faisait la fête avec ses amis mais c’est bien loin cette époque et je l’ai acheté 500$ au propriétaire de la marina située de l’autre côté de l’île. Nous l’avons déplacé de moins d’un mile mais il n’est plus capable d’en faire plus. Il était stocké là depuis 4 ans, juste après qu’il ait servi de bateau de transport pour les réfugiés Cubains. Allez y jeter un œil maintenant parce qu’après il sera interdit d’accès".

En effet, au fur et à mesure que je m’approche des détails apparaissent mais la grosse surprise c’est quand je me place sur la gauche du bateau. Ce côté-là n’a pas été repeint pour le tournage, la caméra étant placée côté tribord ! La coque est en bois comme le pont mais des années sans entretien sous un climat tropical ont eu raison de l’ensemble qui est délabré. Même l’intérieur est au bout du rouleau malgré un fort joli escalier en colimaçon, en bois aussi, qui descend vers les cabines. J.B. Jones me met dehors parce que les artificiers pompent du butane à bord dans des poches en espèce de ciment caoutchouteux, donc ça devient dangereux. Je lui demande : " pourquoi pomper du butane ? "

J.B.J. : " parce que le butane ça renforce le côté spectaculaire de l’explosion, ça fait de gros nuages de fumée noire".

Les artificiers ont encore du pain sur la planche parce qu’après il doivent placer une multitude de petites charges explosives et ils prévoient avoir terminé la préparation en milieu d’après midi.

- 12 am :   Déjeuner sur Watson Island. Situé entre l’emplacement du bateau et la marina où il a été acheté, le restaurant donne sur la baie et est bordé par un petit jardin tropical du nom de Parrot Jungle, superbe!

- 2 pm : Retour sur le centre ville. Le terrain vague où le mobil-home est en place se trouve au bord de la Miami river, entre BayFront et Brickell et à moins de 500 mètres des bureaux fictifs de l’OCB. Il y a là un escadron de policier dirigés par Bob Hoelscher (voir chronique du 11 août) qui participent aux tournages en tant que figurants pendant leurs temps de repos et surtout l’ensemble des acteurs du Miami Vice Squad dirigés par Paul Michael Glaser. J’irais bien leur faire une petite interview sur le pouce mais j’ai ordre de rester bien sagement en dehors du plateau parce que ça tourne !

- 4 pm : Depuis deux heures les scènes s’enchaînent avec Edward James Olmos et Philipp Michael Thomas d’une part autour d’une voiture de patrouille, ensuite ce dernier est filmé avec Don Johnson en train d’arriver sur les lieux au volant de sa superbe Cadillac Deville convertible 1964, puis Don Johnson et un acteur sont filmés en gros plan tout près du mobil-home. On fait plusieurs prises à chaque fois mais elles sont courtes alors que le temps entre les prises est long. Les lumières doivent êtres modifiées en fonction du soleil qui nous passe dans le dos et de l’ombre portée des buildings autour, les maquillages aussi sont ajustés car même en décembre, il fait chaud sous le soleil de Floride.

- 5 pm : je retrouve Geoffrey Zimmerman qui est de retour sur le plateau et lui lance: " Alors, ça c’est bien passé finalement ce matin". 

G.Z. : "Ne m’en parlez pas. Je me suis fait deux frayeurs. D’abord comme je ne savais pas exactement où était ce terrain vague j’ai demandé à un policier en plein centre ville s’il savait où avait lieu le tournage. Comme il était de l’autre côté de la rue je hurlais mais il ne m’entendait pas, je suis donc descendu de voiture pour m’approcher de lui mais j’ai oublié de mettre ma boîte automatique sur Park, donc ma voiture est partie toute seule. Alors le policier à hurlé à son tour et j’ai réussi à monter dedans en route ! Il faut dire que j’étais super stressé entre l’adresse de ce maudit terrain vague que je n’avais pas et l’état inquiétant du double essieu. Deuxième coup de chance, nous arrivons ici avec le chauffeur du camion au moment même où un des deux essieux commence à brûler, il a chauffé et il s’est mis à fumer. Au fait, vous avez vu où nous l’avons mis, dans les hautes herbes. Tout ce voyage pour ce retrouver dans les herbes ! Enfin là,  je reviens de louer un fastboat pour la scène de demain, un Cigarette avec des Twin’s 641 (deux moteurs V8 de 10,3 litres de cylindrée chacun). C’est la deuxième fois que je le loue cette semaine et c’est un monstre !"

- 6 pm : La nuit tombe, les acteurs quittent le plateau et les techniciens de la seconde équipe remballent les matériels, il est temps de rejoindre la première équipe sur Watson Island.

- 7 pm : Je suis là depuis une demi-heure et tout le monde attend la fin du crépuscule pour tourner. Cela ne va pas tarder car plus on s’approche de l’équateur, plus le soleil se couche rapidement. Il y a un dispositif impressionnant : je compte 21 pompiers, 9 policiers de l’équipe de Bob Hoelscher plus cinq autres chargés du contrôle et deux bateaux des gardes côtes plus un bateau de police pour la sécurité de cette zone de la baie. Sans compter une grue de 40 m de haut pour filmer l’explosion en hauteur.

John Nicolella est revenu comme beaucoup du tournage de cet après midi pour assister au feu d’artifice. J’en profite pour lui poser la question que j’avais en tête ce matin : " est-ce par souci d’économie qu’un seul côté du yacht a été repeint ?"

J.N. : " Oui, nous cherchons à économiser sur tout ce qui ne se voit pas à l’écran parce que le budget est large mais pas illimité. Cette explosion va tout de même coûter 35000$. Mais pas seulement car tout ces gens que vous voyez, les pompiers, policiers et gardes côtes présents, eux aussi il faut les payer sans compter l’équipe de tournage habituelle à 40000$ de l’heure et une équipe de nettoyage qui aura deux jours de travail. La nuit dernière les acteurs étaient là pour cette scène et ce soir nous remettons cela pour l’explosion, plus de 4 heures de préparation pour une scène de moins de deux minutes ! "

- 8 pm : Tout le monde a été chargé par J.B.Jones de se reculer et c’est dans un vacarme de fin du monde que l’explosion enflamme le ciel de Miami, Bye Bye Bette Davis boat !

 

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