Vendredi 14 Septembre 1984

God bless America, Amen

Petit rappel de la situation aux USA et de ses rapports avec le reste du continent américain. La NASA vient d’envoyer dans l’espace sa nouvelle navette Discovery qui a décollé de Floride il y a deux semaines et fin juillet, c’est aux jeux olympiques de Los Angeles que l’agence spatiale américaine a créé la sensation en faisant atterrir un homme volant (équipé d’un réacteur dorsal) au milieu du stade durant la cérémonie d’ouverture. Le show business américain n’était pas en reste avec Lionel Richie (entre autre) chantant all night long devant la foule en délire. Ajoutons à ceci pendant les compétitions, l’avènement du dieu Carl Lewis qui gagne 4 médailles d’or dont le 100m, le tout retransmis par les TV de l’humanité entière après les jeux de 1980 à Moscou, boycottés par l’occident suite à l’invasion Russe en Afghanistan. Bref, des J.O. à la gloire d’une Amérique triomphante aux yeux du monde en cet été 1984.

Mais à y regarder de plus près, la croissance économique (7%) du premier semestre voile à peine un grand danger de récession. Notamment à cause d’un dollar surévalué grâce à l’afflux de capitaux étrangers, nécessaires pour tenter de combler un déficit budgétaire et commercial record, sans tomber dans l’inflation d’une planche à billets verts en surchauffe! De ce fait c’est l’endettement US qui explose puisque cette année les intérêts d’emprunt devraient se chiffrer à eux seuls aux alentours de 100Milliards de $! En clair les USA sont coincés de tous côtés et Ronald Reagan va devoir annoncer un plan de rigueur pour freiner la spéculation monétaire; du meilleur effet en pleine campagne électorale à trois mois de sa réélection éventuelle.

En Amérique latine, que Washington considère comme son pré carré, tout va mal car la gauche progresse au grand dam des républicains au pouvoir. Le spectre des idées révolutionnaires marxiste-léniniste refait surface. Au Guatemala c’est la guerre civile après le massacre par la junte militaire de 200000 Mayas (des centaines jetés d’hélicoptères dans l’Océan Pacifique). Au Salvador, la droite a du plomb dans l’aile, harcelée par les guérilleros marxistes du Front Farabundo Marti de Libération Nationale (FMLN). Au Pérou le dictateur Francisco Morales Bermudèz a été renversé en 1978 et c’est Alphonso Barrantes, candidat de la gauche unifiée (Izquierda Unida), qui est le mieux placé pour remporter les élections dans moins d’un an. Pour couronner le tout, Daniel Ortega, du Front Sandiniste de Libération du Nicaragua (FSLN), vient de remporter, avec 63% des suffrages, les élections Nicaraguayennes. Le casse-tête pour l’ultra conservateur Reagan consiste donc à endiguer cette vague rouge. Pour ce faire, le congrès a décrété l’aide au pouvoir (de droite) en place au Salvador mais il est impossible de demander des budgets pour le Nicaragua où la situation est inversée. Le congrès, l’opinion publique américaine ainsi que l’ONU n’accepteraient pas l’aide au renversement d’un gouvernement démocratiquement élu! La solution est donc de déclencher des Opérations Noires (illégales) par le biais de la CIA, comme par exemple, armer les Contras Nicaraguayens pour déstabiliser et renverser Daniel Ortega, le sandiniste. Joli, non? Sur le plan tactique en 1983, les USA ont ouvert le centre d’étude militaires (CREM) à Puerto Castilla au Honduras d’où sont armés les Contras, mais où trouver l’argent  pour acheter les armes ailleurs que dans les poches du contribuable américain? Facile pour ces messieurs de la CIA: dans l’économie parallèle où l’argent n’est pas "traçable". On favorise l’émergence des cartels Colombiens de la cocaïne en ponctionnant une partie de leurs bénéfices qu’on utilise pour acheter des armes. Forts du soutien occulte de la CIA, les cartels organisent au départ des ports de Carthagène ou Barranquilla (avec l’aide d’intermédiaires comme le général Noriega qui tire les ficelles politiques au Panàma depuis un an qu’il est à la tête de l’armée), un véritable pont  aérien et maritime entre la Colombie et les USA, et devinez par quelle porte d’entrée les trafiquants (smugglers) importent la drogue? Miami, bien sûr! En sens inverse, en direction de Puerto Castilla notamment, les trafiquants d’armes font aussi leur beurre puisque la CIA ne peut officiellement acheter les armes sans ces "fusibles".

Y’a pas à dire, Michael Mann est bien renseigné car c’est précisément le thème de l’épisode intitulé Three Eyed Turtle en tournage depuis vendredi 07. Le trafiquant d’armes est joué par un acteur inconnu du nom de Bruce Willis, contrairement au réalisateur connu de tous car il s’agit de David Soul. Eh oui, après Starsky, c’est Hutch qui s’y colle!

En tout cas ce rappel du contexte géopolitique actuel nous a semblé nécessaire pour que vous regardiez cet épisode avec l’œil d’un expert lors de sa diffusion !

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