Introduction
C’est avec plaisir et après de nombreuses recherches que nous vous proposons de découvrir pourquoi vingt cinq ans après sa création, l’univers de la série Miami Vice fait encore figure d’exception dans le paysage télévisuel et reste la référence pour de nombreux fans dans le monde entier.
Après l’engouement suscité par la création du site français, nous avons pris conscience qu’ici aussi Miami Vice restait une série culte et non comme nous le pensions au départ, seulement apprécié par quelques aficionados nostalgiques!
Il nous semble nécessaire, pour ces raisons, d’aller plus loin dans la genèse de la série en mettant à votre disposition cette source d’informations fiables sur son élaboration.
Il ne vous reste plus qu’à vous laisser embarquer dans le flot des infos et anecdotes, le tout, pourquoi pas, bercé par quelques thèmes musicaux de la série…
Les origines
Miami Vice est imaginée par Anthony Yerkovich. Il est à l’époque aux commandes de la série TV: Hill Street Blues (Capitaine Furillo en France) en tant que scénariste et producteur pour le compte de la chaîne NBC.
Michelle Brustin, jeune cadre de NBC, est persuadée qu’un TV Show conçu sur le format Vidéo-clips diffusés par la nouvelle chaîne musicale MTV est voué au succès. Esthétiquement ce nouveau concept devrait être proche d’American Gigolo tandis que le tandem Nick Nolte/Eddy Murphy dans 48 heures servirait idéalement de source d’inspiration quant aux rapports du duo vedette. Elle le suggère au patron de la branche TV-Entertainment de NBC, Brandon Tartikoff, qui missionne aussitôt Anthony Yerkovich afin de mettre en place ce programme « MTV-COPS ».
Anthony Yerkovich va inscrire son projet dans l’esprit de Hill Street Blues quant à la description du quotidien des policiers, mais pour donner une touche glamour et Pop Rock à la fois, il place l’intrigue dans un lieu qui le fascine depuis longtemps : Miami.
Il en dit : « Même lorsque je m’occupais de Hill Street Blues, je collectionnais des informations sur Miami. Je la voyais comme une sorte de Casablanca contemporaine au mélange socio-économique particulièrement intéressant. Le nombre de réfugiés d’Amérique centrale et de Cuba est incroyable. Et pour couronner tout cela, le trafic de drogue y est plus important que partout ailleurs. A Miami, le nombre d’industries différentes tournant autour de la drogue est tout simplement fascinant : les institutions financières qui blanchissent l’argent, les avocats au services des trafiquants, etc. »
Les autorités de la ville vont par contre se montrer, dans un premier temps, assez sceptiques car Miami souffre déjà de cette image de plaque tournante du trafic de drogue, bien dépeinte dans le Scarface de De Palma et refusent cette étiquette systématique. Anthony Yerkovich et NBC doivent donc faire preuve de tact et de souplesse budgétaire envers la ville afin de pouvoir en exhiber aussi bien la beauté architecturale que les bas fonds. Il va s’avérer que la fréquentation touristique explosant au rythme de l’Audimat en fin de première saison, associée au versement du million de dollars à la ville par épisode, vont contribuer à calmer les esprits les plus pointilleux de la municipalité.
Le magicien
Anthony Yerkovich baptise donc la série Gold Coast, mais après en avoir tracé les lignes directrices, il lui faut trouver un maître d’œuvre pour concrétiser le projet. Le nom de Michæl Mann s’impose naturellement car il a si bien marié la musique Pop Rock et l’imagerie narrative dans Comme un homme libre et thief (le solitaire), qu’il a directement préfiguré le clip musical. Celui-ci accepte d’être nommé producteur exécutif, mais, se souvenant des interférences néfastes qui ont entravées Vega$, la série créée à la fin des années 1970, il exige et obtient le contrôle de l’aspect créatif du projet.
Début 1984, Michæl Mann travaille sur l’adaptation du livre Dragon rouge de Thomas Harris lorsqu’un ancien collègue de l’époque de Police story lui demande de rencontrer Brandon Tartikoff.
A la lecture du script de l’épisode pilote écrit par Anthony Yerkovich, Michæl Mann pense d’abord à en faire un long-métrage, mais l’avantage du format TV Show est qu’il lui permettra de faire évoluer les caractères des personnages au fil des épisodes, ce que souhaite avant tout NBC.
IL va commencer par changer le peu original Gold Coast par un titre plus accrocheur : Miami vice. Il va encore se heurter aux autorités de la ville qui voient d’un mauvais œil ce titre racoleur et proposent des choses plus « positives» comme Miami-Dade County PD, mais Michæl Mann ne lâche pas prise et impose son titre.
Cette anecdote montre bien sa détermination car il sait exactement quelle « texture» il veut donner au projet. L’emprise est telle que beaucoup oublient que Miami vice a été créé par Anthony Yerkovich tant le style de Michael Mann domine la série !
Pendant les deux premières saisons, chaque épisode est réalisé avec autant d’énergie que s’il s’agissait d’un long-métrage. Michæl Mann fait appel au décorateur Mel Bourne et au monteur Dov Hoenig qui ont travaillé avec lui sur Thief. Il veut le groupe Tangerine Dream pour composer la musique, ceux-ci n’étant pas disponibles, c’est Jan Hammer qui est choisi pour créer une ambiance sonore similaire. Il sélectionne les tons pastel qui deviennent la griffe de la série, supervise le montage et choisit lui-même les modèles de voitures.
Comme dans ses films, rien n’est laissé au hasard : vêtements, couleurs, accessoires, arrière-plans, tout est évocation du contexte et du climat de l’histoire, du milieu dans lequel évoluent les personnages.
C’est cette compréhension de ce que doit être l’esthétique d’une image et son rendu visuel que l’on nomme « texture», technique parfaitement maîtrisée par Michæl Mann, nécessaire pour traduire à l’écran l’ambiance du film, cette impalpable sensation ressentie par le spectateur durant les situations traversées par les personnages au fil de l’histoire.
Mais il ne se contente pas de dépeindre cette atmosphère qui doit rester au service des scénarii car la mise en scène et la musique sont pour lui des corollaires de l’histoire. Il fait donc en sorte que sa narration ne nous gêne pas dans notre progression. L’atmosphère ainsi dévoilée, liée à cette fluidité narrative, nous permet une immersion totale dans le film, nous l’avons tous expérimenté avec Heat !
Le choix des acteurs
Pour le casting de cette série, Anthony Yerkovich a déjà un nom en tête pour un des deux acteurs principaux. Il veut Don Johnson pour interpréter Sonny Crockett. Ceci n'est pas du même goût que la direction de NBC qui ne veut pas d’un acteur n’ayant à son actif que des épisodes pilotes de série. Michelle Brustin va donc, pour le compte de la chaîne, engager des castings de son côté (même Larry Wilcox, un des deux motards de la série Chips, auditionnera) mais en vain car c’est bien Don Johnson le plus convainquant pour incarner Crockett.
En ce qui concerne Ricardo Tubbs, beaucoup d’acteurs sont auditionnés jusqu’au jour où Philip Michæl Thomas, à la fin d’un casting, s’apprête à partir lorsque la responsable lui demande de faire un bout d’essai supplémentaire sur les dialogues prévus pour l’épisode pilote avec un autre des acteurs présents pour incarner Sonny Crockett, Don Johnson. L’alchimie de leur duo opère et cette prestation les impose immédiatement. Complicité qui ira au-delà des plateaux de tournage puisque dès le départ de la série, les deux acteurs prendront l’habitude d’aller faire leur jogging ensemble le matin avant d’aller travailler.
Anthony Yerkovich tient ses deux futures vedettes. Maintenant, il ne reste plus qu’à trouver le reste de l’équipe de policiers. Pour se faire, le choix est plus simple car les acteurs sont soigneusement sélectionnés par rapport aux diverses cultures de Miami, tout comme pour le choix des seconds rôles qui sont accordés aux acteurs issus des minorités de la ville.
A noter aussi la présence de vrais policiers en uniformes dans les rôles de figurants avec, à leur tête, le sergent Robert Hoelscher qui n’est autre que le consultant chargé de la formation des acteurs au maniement des armes à feu. La présence des membres des forces de l’ordre locales (Miami Dade County Police Department) utilisant leurs propres méthodes du terrain dans la série, ajoute encore plus de réalisme à l’ensemble.
Supportant très mal le climat de la Floride, seul Gregory Sierra (Rodriguez) quitte la série au bout du quatrième épisode et est remplacé par Edward James Olmos. Il incarne le lieutenant Martin Castillo et a même un droit de regard sur son personnage. C'est lui qui décide par exemple que son bureau doit être vide en dehors du téléphone et d'une boîte de cachets d'aspirine.
A son arrivée au sein de l’équipe, il est à préciser que quelques tensions se font sentir entre lui et Don Johnson, ce qui rendra leur jeu d’acteur encore plus crédible à l’écran.
Leurs rapports sont électriques comme en atteste l’anecdote suivante concernant une de leurs premières scènes en commun:
Sonny Crockett (Don Johnson) doit frapper à la porte du bureau de Castillo (Edward James Olmos), entrer et débiter son texte avec colère. Les premières prises se passent bien mais, entre deux, Don Johnson oublie de refermer la porte, ce qui à pour effet qu’il entre dans la prise suivante sans frapper, la porte étant ouverte. Edward James Olmos lui fait remarquer, mais l'acteur lui répond que ça n’a pas d’importance. Edward James Olmos lui dit alors qu’il n’a pas à entrer dans son bureau sans frapper; colère du premier qui va immédiatement voir Michæl Mann. Celui-ci lui précise le droit de regard qu’à le second sur son rôle.
Don Johnson revient donc sur le plateau en furie et cogne à la porte avec force, entre dans le bureau et déclame son texte avec véhémence; Edward James Olmos, énervé aussi, prend sur lui et dit son texte d’une voix sourde, toute en colère contenue !
Crédibilité garantie à l‘écran ! Ceci deviendra une image récurrente de la série dans la manière dont Edward James Olmos jouera le personnage de Castillo.
Un homme aux doigts d’or
C’est Michæl Mann qui va dénicher un compositeur de talent pour parfaire la série: Jan Hammer. Il le contacte par l’intermédiaire d’un ami commun et lui propose de composer un style musical inhabituel pour cette nouvelle série, inspiré par Tangerine Dream. Jan Hammer commence donc à composer quelques morceaux à la simple lecture du scénario pilote. Le producteur est conquis et lui donne une entière liberté de compositions pour les épisodes suivants. Il recevra une cassette vidéo du prochain épisode dix jours à peine avant sa diffusion à l’antenne et il placera ses compositions dans l’épisode en temps réel en se les projetant sur un écran, ce qui explique l’homogénéité entre image et ambiance musicale. Michæl Mann ne le dérangera que pour rajouter plus de musique !
Ces délais de compositions assez courts sont stressants mais la série apporte à Jan Hammer deux Emmy Awards. De plus, il refuse des offres très intéressantes pour continuer l’aventure car il adore la série au succès de laquelle il est fière de contribuer (apparaissant même dans deux épisodes dont "Un aller simple"). Jan Hammer devient célèbre aux USA où le Miami Vice Theme reste classé n°1 des charts américains durant onze semaines consécutives, record absolu pour un générique de série TV. Par la suite, c’est le Crockett Theme qui prendra le relais dans les charts. Jan Hammer compose seul sur trois saisons mais pour la quatrième, il semble que John Peterson, crédité au générique de certains épisodes, soit là pour compléter son travail. Pour la saison 5, c’est auprès de Tim Truman que les producteurs se tournent pour agrémenter les fonds sonores de la série. Il insuffle son style tout en conservant l’esprit musical de "Miami Vice"; le résultat n’atteint pas le niveau de Jan Hammer mais reste honnête.
Outre les très bons morceaux du "maître", la série totalise, dans son ensemble, un peu plus de 300 chansons puisées dans les vieux standards tout comme dans les tubes du moment mais également dans des titres méconnus du grand public.
Certaines vedettes iront jusqu’à composer spécialement pour Miami Vice.
Par exemple, ne cherchez pas le titre "Cold wind blows" de Karla Bonoff dans sa discographie car on ne peut l’entendre que dans l’épisode intitulé "Le prix fort "; idem pour Phil Collins, qui a composé le titre "Life is a rat race" spécialement pour l'épisode "jeux de vilains". Du jamais vu, encore aujourd’hui.
Pour "Smuggler’s Blues" de Glenn Frey, c’est plutôt l’inverse qui s'est produit, puisque c’est en l’écoutant à la radio que Michael Mann à l’idée du scénario de l’épisode qui portera le même titre que le morceau et il ira même jusqu'à proposer à Glenn Frey (chanteur des Eagles) de jouer les guests-stars dans "son" épisode!
Thomas Carter, réalisateur de l'épisode pilote voit davantage ce fond musical comme un soutient psychologique à la scène plutôt qu'une simple illustration sonore. Chaque morceau choisi en fonction des scénarii est plus ou moins lié par ses paroles, à la scène qu’il habille dans l’épisode. Comment oublier la scène de l’épisode pilote où Crockett et Tubbs traversent la ville au volant de la Daytona Spyder sur le tube de Phil Collins "In the air tonight " et la séquence à bord du Chris-Craft Stinger, lorsque nos deux héros partent aux Bahamas sur le morceau inoubliable de Russ Ballard "Voices" dans "Le retour de Calderone ".
De plus, certains majors de la musique US payeront cher pour faire passer leurs artistes car, à l’époque, se faire entendre dans Miami Vice, c’est se faire connaître du grand public! Certains artistes confirmés vont même, à leur demande pour une partie, apparaître en guest-stars comme Franck Zappa, Miles Davis, James Brown, Phil Collins, Glen Frey, Willy Nelson (vedette country)….
Guest-stars, réalisateurs et scénaristes
Pour ceux qui connaissent bien la série, ce n’est pas une surprise de lire qu’un grand nombre de vedettes ont fait leur apparition dans Miami Vice, on peut citer l’exemple de Bruce Willis, Bill Paxton, Michael Madsen, James Brown, Julia Roberts, Wesley Snipes, Miles Davis, Mélanie Griffith,Ving Rhames, Liam Neeson, Little Richard, John Turturro, Laurence Fishburne, Franck Zappa, Ben Stiller, Glenn Frey, Viggo Mortensen, Phil Collins, Benicio Del Torro, Lou Diamond Philipps et j’en oublie. Reste à savoir si c’était pour apparaître dans une série à la mode afin de pouvoir dire "j’y étais", mais peut-être plus prosaïquement pour relancer une carrière ou lancer quelques futures vedettes dans un premier rôle?
Certaines stars ont même été invitées pour jouer dans Miami Vice, tout comme le PDG de NBC à l’époque qui a voulu être figurant et qui se retrouvera barman dans un épisode. D’autres grandes figures du petit écran sont également passées derrière la caméra comme David Soul ou Paul Michæl Glaser les "Starsky & Hutch". Même Antonio Fargas dit "Huggy les bons tuyaux" aura son rôle à la fin de la saison 4.
Miami Vice a aussi son lot de réalisateurs comme Abel Ferrara, Rob Cohen ( Dragon, l’histoire de Bruce Lee ou encore Daylight), David Anspaugh, Richard A. Colla qui réalisera un beau panel d’épisodes sur une large gamme de série TV en tout genre, John Nicolella (Nash Bridges), Bobby Roth (Prison Break), Daniel Attias (21 Jump Street, Melrose Place, les Experts Miami, Lost….), Richard Compton ( Aux Frontières du réel) pour ne citer que les principaux et sans oublier Don Johnson qui signera entre autre la première partie des "Souvenirs".
Les épisodes ainsi réalisés auront cependant toujours besoin de l’aval de Michæl Mann, du moins jusqu’au milieu de la saison 3 (patron oblige…).
En effet, c’est à ce moment que l’absence du producteur se fait sentir et c’est à Dick Wolf que Michæl Mann et Anthony Yerkovich vont confier la direction des opérations. Il va écrire pas moins de quatorze scénarii à partir de cette saison 3, et ce, jusqu'à la saison 4! Il est vrai que Dick Wolf est le spécialiste des séries policières puisqu'on lui doit entre autres la série des "New York:unité spéciale, District et Section criminelle". (Malheureusement à nos yeux, c'est à partir de cette période que la série va commencer à perdre de son éclat, les scenarii s'essoufflant).
Du côté des scénaristes justement, il est à noter que la participation de Chuck Adamson (3 épisodes), Robert Crais (2 épisodes), Paul Diamond (2 épisodes), A.J. Edison (7 épisodes), Maurice Hurley (5 épisodes), Marvin Kupfer (3 épisodes), Alfonso Ruggiero (3 épisodes), Joel Surnow (6 épisodes) aura contribué au succès de la série. Dennis Cooper écrira, quant à lui, 6 épisodes et sera nommé co-producteur. Miguel Pinero, alias Calderone (première saison) écrira aussi pour la série. Il n’avait, par contre, pas prévu le scénario de sa propre destinée puisque son passé tumultueux l’a rattrapé à New York en 1989 où il a été abattu par arme à feu; la réalité rejoignant la fiction.
LA mode Miami Vice
Miami Vice est aussi synonyme de mode masculine dans les années 80 et Michæl Mann y est encore pour quelque chose.
C’est lui qui impose les couleurs des vêtements (pastels notamment) ou qui demande qu’ils soient légèrement froissés (pour Sonny Crockett surtout). Il est même fait allusion aux marques des grands couturiers dans les dialogues afin de rendre plus crédible le travail sous couverture (undercover) des policiers qui se doivent d’un certain paraître auprès des grands trafiquants.
Au début Don Johnson est plutôt réticent car aux costumes en lin il préfère le style cow-boy, mais le climat tropical de Miami lui fera changer rapidement d’avis.
A l’inverse et en accord parfait avec Michæl Mann, c’est Philipp Michæl Thomas lui-même qui choisit ses tenues car il était déjà, lors du casting, en pleine harmonie vestimentaire avec son personnage. Le budget vestimentaire a atteint 100000$ rien que pour 10 épisodes de la deuxième saison car Miami Vice est devenue LA série à la mode. Les plus grands noms sont présents: Versace dont la principale demeure se situait déjà à Miami, Hugo Boss, Armani, Kenzo, Zegna…..
Boss ou Armani pour Philipp Michæl Thomas et Kenzo ou Versace (moins classiques) pour Don Johnson qui finira par composer sa garde-robe personnelle de la même façon que son personnage.
Ray Ban sera présent également et fera un must de ses Wayfarer bien que déjà célèbres car portées par Marilyn ou JFK durant les sixties; bref les lunettes de soleil à posséder absolument.
Tout comme LA montre emblématique des eighties portée par Crockett, une Ebel Le Modulor Chronographe (calibre Zénith El Primero n°134) en or 18k sur bracelet sportwave, celle-ci succédant en début de seconde saison à une Rolex Oyster datejust en or également sur bracelet Jubilé plus commune. Quant à Tubbs, il porte une Ebel Béluga en or, plus discrète. Les deux héros portant la même marque de montre à partir de la deuxième saison, on peut supposer que le succès de la série a crée les conditions idéales pour négocier avec la marque Ebel cette représentativité à l’écran.
Michæl Mann étant fan de "complications horlogères", il renouvellera d’ailleurs l’opération avec le film Miami Vice en négociant avec une autre marque horlogère, IWC dont Jamie Foxx porte deux modèles différents durant le film.
Les voitures n’échapperont pas au phénomène: Lamborghini, Maserati, Aston Martin, Ferrari trouveront une place de choix dans la série. Le milieu nautique ne sera pas en reste non plus avec la présence de yachts luxueux et de bateaux rapides (fast-boats) à 200000$ qui agrémenteront un grand nombre de scènes.
Pour ce qui concerne les armes à feu : un Browning BDA 45 (11,43mm) pour Crockett dans l’épisode pilote, ensuite un Dornaus & Dixon calibre Bren Ten (10mm) pour les saisons 1&2, remplacé au cours de la saison 3 par un Smith & Wesson 645 auto (11,43mm).
Tubbs quant à lui porte un calibre 38 Chief’Special sans chien apparent (plus pratique pour être camouflé dans une poche) ainsi qu'un petit fusil à pompe de type Shotgun Cut Down model 37 Ithaca (3 cartouches + 1 dans la chambre). Il n’est pas incongru de placer les armes dans le chapitre mode car aux USA où les armes sont ancrées dans la culture, celles vues à l’écran créent parfois un phénomène de mode comme le pistolet Autrichien Glock utilisé par Bruce Willis dans piège de cristal dont les ventes s’envolèrent après la sortie du film, idem pour le Bren Ten de Don Johnson.
A noter également son holster de la marque Galco, modèle dont le nom a été modifié depuis la série pour se nommer Miami Classic Rig et que l'on retrouvera à nouveau sur les épaules de notre acteur dans la série Nash Bridges.
La série s’ouvre sur des richesses matérielles et naturelles que seul Michæl Mann saura véhiculer avec un certain goût tout au long des épisodes: villas avec piscines, voitures de luxe, plages à perte de vue, soirées fastueuses, néons fluos, boîtes de nuits….
Cette surabondance de richesses devient le thème central introduit dès le générique et fait du coup de Miami, une ville apparaissant comme starifiée, ce qui aura pour effet de la métamorphoser en nouveau pôle de la mode.
En effet, réputée dans les années trente avec ses immeubles du front de mer Art déco dessinés par des architectes comme Mallet- Stevens ou Le Corbusier, cette station balnéaire était devenue désuète et ne servait plus que de mouroir à des milliers de retraités.
Aujourd’hui, si la ville est devenue un des endroits les plus célèbres du monde, c’est aussi grâce à cette série.
Notons que Don Johnson et Philip Michæl Thomas ont été, à l’époque, nommés citoyens d’honneur de Miami.
Des débuts bien difficiles
C’est à partir de septembre 1984 que la série est lancée sur NBC. A la suite d’un fort indice d’audience pour le pilote, la série chute à la 41ième place des programmes US.
Ce fait est dû à plusieurs facteurs :
- NBC programme Miami Vice le vendredi soir en deuxième partie de soirée, ce qui place une série alors peu connue en pleine compétition avec les "Falcon Crest" et autres "Dynastie" ou "Dallas".
- Quant au public visé plus précisément par la série, le vendredi soir est, à l’époque, la tranche horaire qui est littéralement boudée par ce même public qui préfère les soirées restos, boîtes de nuits…..
C’est donc avec quelques changements dans le casting et les scénarii donnant lieu à des rebondissements que la première saison voit son audience remonter.
Par exemple, la mort du lieutenant Rodriguez (départ de l’acteur à sa demande) est un rebondissement inattendu à une époque ou la télévision ne montre pas la mort d’un policier. Ceci donnera lieu à l’arrivée de Castillo, personnage froid et distant, monolithique, qui, grâce à l'interprétation d'Edward James Olmos, apportera de la profondeur au Miami Vice Squad et accessoirement deux Emmy Awards à l’acteur.
Par ailleurs, l’épisode avec Bruce Willis montre le travail remarquable des policiers pour le "serrer" mais arrivés sur les marches du palais de justice, la CIA oblige ceux-ci à le libérer malgré le flagrant délit car ils ont des intérêts en commun avec ce trafiquant d’armes.
Il faut savoir que dans l’Amérique de Ronald Reagan, l'implication des services secret US, (ventes d’armes, échanges de réfugiés politiques, financements d’opérations noires par le trafic de drogues, formation des militaires ou des guérilleros suivant le contexte), CIA en tête, est réelle dans la totalité des guerres civiles d’Amérique centrale (armement des "Contras" au Nicaragua financé par le trafic de drogues, "Contras" chargés de déstabiliser le pouvoir du président Ortega, pourtant démocratiquement élu; le Général Noriega au Panama qui, non content de servir d’agent double pour la CIA et les Cubains, relaiera le trafic de drogue entre la Colombie et les USA….). De ce fait, la CIA, en sous main, finance ses opérations illégales en ponctionnant l’argent des trafiquants de drogues en échange de leur impunité et se sert des trafiquants d’armes pour leurs actions illicites, non justifiables devant le congrès US et internationalement. Les USA ont été condamnés pour l'affaire des Contras Nicaraguayens par le tribunal international de La Haye mais sans aucuns effets sur la première puissance mondiale!
Cet épisode avec Bruce Willis en est l’incarnation parfaite, ce qui lui vaudra un Emmy Awards pour la mise en scène.
Là encore, il est nouveau, à la télévision, de montrer des flics qui ne "gagnent pas toujours à la fin" comme le dit si bien la chanson. Avec cet ancrage plus profond dans la réalité et un durcissement du style narratif, la série devient incontournable.
Désormais, l’humour "à froid" se maniera avec parcimonie et les personnages, sans concessions, vont naviguer dans des eaux troubles où différentes strates d’implications seront systématisées pour une tension supplémentaire, faisant écho aux événements de l’époque.
Les récompenses
A la fin de la première saison, Miami vice est déjà un phénomène et totalise 15 nominations aux Emmy Awards, ce qu’aucune autre série TV n’a obtenu ni avant, ni depuis!
Ces nominations sont la résultante de l’implication totale de l’ensemble de l’équipe dont on remarquera que Don Johnson en obtint un, le compositeur Jan Hammer deux, tout comme Edward James Olmos, les autres étant répartis sur l’aspect technique, confirmant le statut de haute couture télévisuel de la série.
Cependant, la plus grande des récompenses est peut-être cette tournée promotionnelle de la série aux USA en 1985 pour la deuxième saison où ce fut l’émeute dans toutes les villes traversées. A Chicago, c’est une foule immense qui a accueilli l’équipe de la série, des milliers de personnes étaient massées dans les rues et c’est à ce moment que les acteurs ont vraiment pris conscience que Miami Vice devenait plus qu’une simple série TV à la mode, mais plutôt quelque chose entre le mythe et le phénomène de société. "En tout cas, une sacrée reconnaissance" comme l’a dit Philipp Michæl Thomas à l’époque.
La consécration
Il aura fallu attendre 22 ans pour voir l’adaptation de Miami Vice sur grand écran. Michæl Mann voulait déjà en faire un film en 1984 et quoi de plus normal pour une série qui a toujours flirté avec le cinéma que d'être transposée ainsi.
L’idée a été lancée en 2001 lors d’une conférence de presse pour la promotion du film de Michæl Mann : Ali. Jamie Foxx, interrogé sur sa collaboration avec le réalisateur, explique à l’assemblée qu’il est prêt à travailler demain avec Michæl Mann, et ce avec grand plaisir eu égard à leur complicité, et pourquoi pas sur Miami Vice!
En effet, il est un fan inconditionnel de la série et l'idée va germer dans plusieurs esprits à partir de ce moment, dont celui de Michæl Mann aidé, il est vrai, par Jamie Foxx qui va faire le forcing lors du tournage de Collatéral.
C’est en 2004 que la décision est prise de faire le film et c’est Anthony Yerkovich et Michæl Mann qui vont s’atteler à l’écriture du scénario.
Vingt ans plus tard on prend les mêmes et on recommence ! On pourrait en écrire la genèse mais ceci est une autre histoire…
Conclusion
Du haut de ses 25 ans, Miami Vice a bien vieillie comparée à d’autres séries Tv. Culte chez les anglo-saxons et certains de nos voisins du nord de l'Europe (grosses pubs à la sortie des DVD, reportages sur la série, sites web dédiés, conventions de fans), Miami Vice est tombée, chez nous, aux oubliettes de l'histoire de la télévision.
Deux raisons à cela:
-On considère, en France, que la série Tv est un genre mineur, donc sans intérêt artistique.
-Une série Tv doit faire de l'audience et là, on se retrouve confronté à un problème car MV, destinée à un public adulte et averti, ne rentre pas dans les critères de la "sous culture populaire"destinée aux cohortes de veaux plantés devant leur poste.
Les anglo-saxons qui ne confondent pas contre-culture et sous culture n'ont pas ces complexes et ils créent parfois un "ovni télévisuel" comme Miami Vice. En faite, la série a tout simplement révolutionné les codes du genre à tous les niveaux. La profondeur de certaines de ses scenarii s'alliant à la qualité de l'interprétation et de la mise en scène donnent un cocktail émotionnel dynamique et esthétique fascinant. Saluée par la critique, plébiscitée par le public, la série aux USA (où l'ensemble de l'industrie de l'automobile, de la musique, de la mode…… ont cherché à y être représentés) n'a pas été à la mode, mais a crée les modes, devenant par la même un phénomène de société à la fin de années 80. (On ne mesure pas, en France, la portée qu'a eu cette série sur la mode en général).
Aujourd'hui encore, la plupart des séries policières essayent de copier ce style, mais les temps ont changé et la conjonction de moyens financiers engagés par une chaîne volontaire (NBC) de la réalisation sans faille, des trouvailles usuelles de la mise en scène, de l'interprétation irréprochable et de l'adhésion des industries du divertissement au concept, sont des éléments qui semblent difficiles à réunir à l'heure ou on a résumé en équation financière la définition d'un spectacle télévisuel de qualité.
Pour résumer, la version ciné nous démontre que Miami Vice, remise au goût du jour, pourrait, aujourd’hui encore, se faire une place de choix parmi les meilleurs. Cela demanderait malheureusement beaucoup de moyens financiers face à des séries qui ne coûtent pratiquement rien à produire, mais qui rapportent un maximum d'argent aux maisons de productions ; alors pourquoi investir lorsque ça rapporte aussi bien sans. Une chose est sure, il est peu probable que nous puissions revoir un jour une série de cette envergure sur nos écrans.