La mode actuelle étant aux reprises de séries TV, "Miami Vice" ne pouvait qu’être adapté au cinéma. En effet, pour Michæl Mann, le scénario de l’épisode pilote de la série méritait déjà d’être transposé sur grand écran. 21 ans plus tard, cette idée se concrétisera, "Miami Vice" devenant un film. L’idée fut lancée par Jamie Foxx (grand fan de la série) lors d’une conférence de presse pour la promotion du film : "Ali". A un journaliste qui lui demandait s’il avait apprécié sa collaboration avec Michæl Mann, Jamie Foxx répondit qu’il reprendrait volontiers du service surtout s’il s’agissait d’incarner le détective Ricardo Tubbs. En 2003, lors du tournage de : "Collatéral", l’idée est évoquée de nouveau et après le forcing de Jamie Foxx auprès de Michæl Mann, c’est Anthony Yerkovich qui est séduit. Le projet peut donc prendre forme; Michæl Mann et Anthony Yerkovich vont s’atteler à l’écriture du scénario.
La réalité d’une existence clandestine les séduit toujours autant en ce nouveau millénaire mondialisé : "Le Miami des années 80, cette zone crépusculaire bâtie sur l’argent de la drogue n’existe plus", écrivent ils dans les premières pages de leur scénario. Comme l’évoque très clairement "Collatéral", le nouvel ordre de la pègre mondiale repose sur une multiplicité de matières premières qui s’échangent entre tous les endroits du monde. Drogues, armes, logiciels piratés, médicaments contrefaits et même les êtres humains font tous l’objet de transactions et de trafics routiniers franchissant les frontières internationales. Le récit quitte rapidement les limites de Miami, capitale bancaire septentrionale de l’Amérique du sud (on dit de Miami que ce n'est pas la ville américaine la plus au sud mais la ville sud-américaine la plus au nord), et plonge dans le tourbillon criminel de ce continent dont le noeud est constitué par le carrefour des frontières brésiliennes, paraguayennes et d'Argentines. Deux flics en mission secrète infiltrent ce labyrinthe à la suite d’une fuite provenant des hautes sphères qui a provoqué l’assassinat de deux agents fédéraux. Sonny Crockett court le danger de perdre tout équilibre psychologique lorsqu'il séduit Isabella, beauté sino-cubaine, concubine du caïd Montoya, ploutocrate sans état d'âme, qui, selon Michæl Mann, habite l’univers mondialisé du trafic protégé par des systèmes de sécurités ultramodernes. Les manipulations entre Crockett et Isabella ainsi que les possibilités d’assassinat qui cernent Tubbs et sa partenaire Trudy constituent l’essentiel de ce qui, selon Michæl Mann, est réellement une existence clandestine, celle d’hommes qui vivent des identités fabriquées.
Il met deux ans à concocter ce scénario aux côtés d'Anthony Yerkovich, le créateur de "Miami Vice". Ils reprennent l’idée principale de l’épisode intitulé "Smuggler’s blues" en y mêlant quelques gimmicks de la série comme les bateaux rapides, les flics infiltrés ou les indics décalés. Le film est très réaliste dans sa description des méthodes des trafiquants de même que les scènes de fusillades. D’ailleurs, les tirs sur la Chrysler 300, au début du film, sont à balles réelles comme dans l’attaque de banque de "Heat", plus bruyante, certes, car il y a un écho phénoménal entre les buildings de Flowers Avenue et de la West 5ème Avenue au centre ville de Los Angeles alors que les fusillades de "Miami Vice" se font sur terrains découverts. L’engouement des américains reste entier pour "Miami Vice" et l’envol des ventes de DVD de la série ainsi que l’assurance d’avoir Michæl Mann aux manettes vont rassurer les financiers d’UNIVERSAL qui vont débourser 150 millions de dollars pour le film. Tout en composant avec les contraintes d’une grosse production et avec les exigences techniques d’un tournage délicat en haute définition dans la chaleur et la pluie tropicale, sur l’eau et dans les airs, l’équipe doit improviser pour éviter les cyclones Katrina, Rita et Wilma qui se succèdent durant l’été 2005. Les problèmes de drogue de Colin Farrell, hospitalisé, ont aussi contribués au retard dans le planning de tournage, ce qui eut pour effet de réduire le temps imparti par UNIVERSAL à Michæl Mann pour le montage du film ; (voir la scène finale où Colin Farrell marche vers l'entrée de l'hôpital où en moins de 15 mètres, il se frotte trois fois le nez). Il a été écrit que la version cinéma démarrait de façon brutale par la scène de la boîte de nuit pour plonger directement le spectateur dans une tranche de vie de deux flics en pleine mission; Peut être, mais la fin qui laisse une sensation d’inachevé nous porte plutôt à croire que Michæl Mann n’a pas eu le temps de peaufiner son montage. Il rectifie ceci en remaniant le montage avec une version DVD "UNRATED" et réconcilie le spectateur avec le film dont la progression narrative fluidifiée donne une meilleure cohérence à l’ensemble. La reprise du tube : "In the air tonight" lors de la fusillade finale prend alors son sens et globalement Michæl Mann et Anthony Yerkovich ont réussi à conserver les caractères des personnages; On sent Sonny psychologiquement fragile malgré son côté fonceur, Ricardo est plus stable mais comme dans la série, ce qui les tient en dehors d'une relation d'amitié dans les dangers qu'ils traversent, c'est cette détermination à mener leur combat jusqu'au bout. Michæl Mann et Anthony Yerkovich ont su renouveler les recettes qui ont fait le triomphe de la série et pour un spectateur néophyte, le film reste accessible.
Mais alors, où est la critique là-dedans ? Et bien pour les inconditionnels, où sont passés :
- Les tons pastel ?
- Les poursuites en voiture ?
- Un Castillo plus sec et incisif ?
- Les immeubles art-déco du front de mer ?
- Un thème musical plus marquant comme celui de l'introduction dans la version UNRATED ?
- Elvis et le voilier de Crockett ?
- La Cadillac de Tubbs et la camionnette "Bug busters" de Switek et Zito ?
En fait, ce qui est regrettable en tant que fan (et plus que les détails cités plus haut), c'est que la série a crée une mode vestimentaire des codes visuels et était à la pointe des musiques tendances alors qu'il manque au film ce souffle novateur capable de marquer une époque. Pour terminer, la grande question est : où est donc passé Sonny Crockett ? Colin Farrell ? Depuis quand Crockett porte t'il la moustache ? Où est passée la classe décontractée de Don Johnson (voir la démarche de chimpanzé de Colin Farrell lors de la scène finale citée plus haut).Où est cette complicité que l'on ne fait qu'entrevoir entre Tubbs et Crockett ? Le charisme de Colin Farrell peut-il être comparé à celui de Don Johnson ? Quant au jeu d'acteur de Farrell en dehors des instants furtifs où son regard se perd sur l'océan, il n'apporte pas la crédibilité nécessaire à ce personnage torturé mais néanmoins décidé.
En conclusion et comme l'a dit Philip Michael Thomas : "C'est un bon polar mais qui aurait du s'appeler autrement que Miami Vice et il aurait suffit pour cela de nommer les personnages par des noms différents". Le film nous entraîne dans un univers plus sombre que la série et en ce sens Michæl Mann a réussi son pari puisque notre époque (où trafics et trafiquants sont plus complexes) est plus dure qu'il y a 25 ans.
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